Promise aux enchères ce lundi à l'Hôtel Drouot à Paris, la halle aux moutons, vestige des anciens abattoirs de la Villette, a été retirée de la vente. Son classement au titre des monuments historiques interdit sa fuite à l'étranger.
Autrefois située à gauche de la halle aux boeufs et à droite de la halle aux porcs et aux veaux, la halle aux moutons voyait transiter pas moins de 22 000 moutons chaque jour à son apogée vers 1900. Avant la fermeture définitive du complexe de la Villette en 1974. DR
Un revers cinglant pour les acquéreurs internationaux, une victoire in extremis pour le patrimoine parisien. Ce lundi à l'Hôtel Drouot, au coeur des enchères de la 17e édition de la vente annuelle Paris mon amour, le lot n° 66 s'est vu retirer du catalogue des ventes avant le premier coup de marteau. Depuis son pupitre, Christophe Lucien, le théâtral commissaire-priseur de la maison Lucien, a annoncé la nouvelle officialisée quelques jours plus tôt : « La ministre de la Culture, Catherine Pégard, vient de classer la halle aux moutons, qui ne pourra donc pas quitter le territoire national et fera l'objet d'une vente patrimoniale. »
Vestige des anciens abattoirs de la Villette
Inaugurée en 1867 sous le Second Empire, cette structure métallique monumentale dessinée par Jules de Mérindol (élève du célèbre architecte Victor Baltard) constitue l'un des derniers vestiges du vaste complexe des anciens abattoirs à bestiaux du parc de la Villette. Entièrement désossé en 1986 puis stockée en pièces. détachées, ce géant de 5 800 m2 restera donc sous pavillon français.
Paris IXe. Christophe Lucien, commissaire-priseur de la maison Lucien Paris, inaugure la 17e édition de la vente Paris mon Amour, le lundi 21 septembre. La halle aux moutons est retirée du catalogue des enchères.
« Je m'en réjouis, confie au Parisien Emmanuel Grégoire, le maire PS de Paris à l'origine de cette demande de classement. Il n'était pas envisageable pour moi que ce bien soit détruit par un potentiel futur acquéreur peu scrupuleux. » Une décision saluée mais prudente. Car le défi reste immense pour cet édifice à la démesure de ses 660 880 tonnes de fonte, de fer et d'acier, répartis en huit bennes et 21 plateaux. Après les échecs passés de réhabilitation à Saint-Denis puis Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), notamment plombés par un coût de remontage avoisinant les 20 millions d'euros, le futur propriétaire devra être en mesure d'imaginer un projet solide pour redonner un second souffle au monument, qui d'après nos informations appartient aujourd'hui à un couple de ferrailleurs basé à Amiens (Somme).
« Cela tient presque du miracle »
« L'État fait oeuvre de prudence concernant un patrimoine de fer trop longtemps négligé, celui que l'on considérait il y a peu encore comme inintéressant, alors qu'il est la source directe de l'architecture contemporaine », rappelait quelques heures plus tôt Christophe Lucien, passionné d'histoire.
Tous droits de reproduction et de représentation réservés au titulaire de droits.
Évoquant la disparition tragique des halles centrales de Victor Baltard au début des années 1970 - « que l'on a détruites sans vergogne » - le commissaire-priseur rappelle toutefois que ce classement interdit l'exportation, mais ne garantit pas à lui seul la préservation complète du monument. « Aujourd'hui, y prêter attention tient presque du miracle », observe cet expert du patrimoine architectural parisien.
« La halle aux Moutons s'inscrit la lignée des halles centrales et, plus largement, dans la révolution architecturale évolution architecturale qui transforme le visage de Paris au XIXe siècle », renseigne l'Hôtel Drouot dans un communiqué.
DR/Archives
Croisée dans le hall de l'Hôtel Drouot, Lily Munson, la nouvelle déléguée générale au design et à l'esthétique de la Ville de Paris, l'affirme : la municipalité prendra toute sa part dans l'avenir de la halle. Sans pour autant vouloir « asseoir un monopole ». « L'enjeu premier était de protéger la halle aux moutons. Maintenant, nous étudions les options. On peut imaginer des discussions en vue d'un projet en gré à gré avec nos partenaires ». La normalienne évoquant la piste d'un futur centre culturel ou d'un marché alimentaire.
Read more