SUCCESSION RENÉ DE OBALDIA

René de Obaldia



René de Obaldia a toujours abordé le récit de sa vie avec défiance. Pour celui qui fut poète, romancier et dramaturge, l’existence est inexacte par nature, elle se déroule au-delà des faits ordinaires et déborde du moi, comme il le raconte dans son Exobiographie. Vivre, n’est-ce pas d’abord tenter de se remettre d’être né ?
René de Obaldia naît à Hong Kong le 22 octobre 1918 d’un père panaméen et d’une mère française, l’un consul de Panama et descendant d’une illustre famille qui compte deux Présidents de la République, l’autre fille du caissier principal du magasin Le Printemps. L’enfant non désiré vient au monde couvert de plaies, on ne lui donne que quelques heures à vivre. Il persistera pourtant jusqu’à l’âge de 103 ans, assistant presque jusqu’au bout aux séances de l’Académie française, après avoir réclamé son whisky.
Un désastre familial modifie sa trajectoire. On le retrouve égaré dans une campagne picarde en voie d’électrification, élevé pieusement par sa grand-mère Honorine Peuvrel, puis à Amiens et au lycée Condorcet de Paris. La mobilisation générale de 1940 ruine ses aspirations littéraires. Armé d’un simple fusil Lebel, il fait face à l’avancée des chars allemands, se trompe de direction et avance vers l’ennemi, ce qui lui sauvera la vie. Prisonnier de guerre durant quatre ans en Pologne au camp de Sagan (Silésie), il y écrit ses premiers textes, poèmes baptisés plus tard Innocentines et sketchs insolents pour divertir ses camarades de stalag, évite de justesse la déportation à Rava-Ruska et est rapatrié au Val-de-Grâce comme grand malade, grâce à un ingénieux simulacre.
De tels événements invitent à prendre ses distances avec la réalité. Comme le notera Jérôme Garcin, « Obaldia est le spectateur incrédule d’une pièce qu’il n’a pas écrite, qu’un metteur en scène a mis en scène à son insu et dont il joue le rôle titre : sa vie ». Il en tirera un goût prononcé pour la fiction, ainsi que divers avatars tels le surnom de Monsieur le Comte, personnage énigmatique de son roman prémonitoire Le Centenaire, une brève figuration de policier au côté de Louis Jouvet, ou encore le flamboyant Maurice Igor, auteur de chansons pseudo-naïves qu’interprète Luis Mariano.
Mais c’est surtout dans le théâtre que sa rupture avec la vie courante est consommée. Il découvre cet art par accident, en voulant égayer l’assistance du Centre culturel international de Royaumont. Encouragé par Jean Vilar, il entreprend alors de mettre en spectacle un véritable contre-monde, antidote poétique à l’absurdité ambiante et attaque en règle de la comédie humaine. Genousie, Le Général inconnu, Du vent dans les Branches de Sassafras, Le Cosmonaute agricole, Monsieur Klebs et Rosalie, Les Bons Bourgeois… Chacune de ses pièces oscille entre gravité et humour sur fond de désordre entropique, incarnée par des acteurs comme Michel Simon, Jean Marais, Rosy Varte, Fanny Ardant et Michel Bouquet.
Couvert de prix et de médailles honorifiques, ainsi que de titres étonnants parmi lesquels celui de Chevalier de l’ordre de Balboa, l’Académie française l’accueille en 1999 au fauteuil de Julien Green dont il va jusqu’à porter l’habit vert, comme pour mieux se lier à son prédécesseur. Il y trouve une famille élective, demande à sa cousine Michèle Morgan de présider son Comité de l’Epée, prononce un discours sur la vertu, se moque de lui-même et de doctes confrères aux côtés de sa complice Jacqueline de Romilly. A un admirateur qui l’interroge sur sa présence en ce lieu si académique, il le rassure. « Le ver, lui répond-il, est dans le fruit ».
Au terme de sa vie, il regrettera que sa dernière épouse, Diane, ne soit pas là pour lui fermer les yeux. Dans l’atmosphère feutrée de son appartement parisien au 54 rue Saint-Lazare, tout semble pourtant respirer l’éternité. Ses auteurs préférés comme le poète Oscar Milosz et Maître Eckhart, sa boîte argentée de cigarillos, ses bibelots ramenés de voyage, ses lettres de Jean Cocteau et d’Olivier Messiaen, son agenda rempli de notes, sa machine à écrire Olivetti Lettera 32... Rien ne manque à ce décor si peu extérieur, où résonnent parfois les airs passés d’un immense phonographe.
 

XXe SIÈCLE. SUCCESSION MARTHE CRESCI, 3ème PARTIE. SUCCESSION RENÉ DE OBALDIA, TABLEAUX, DESSINS, ESTAMPES, MOBILIER, OBJETS D'ART, ART DÉCO, DESIGN, ARTS DE LA TABLE, GRANDS CRUS

mardi 18 octobre 2022 14:00

Salle 5, Drouot - Paris


 

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