COLLECTION ROXANE DEBUISSON
PARIS MON AMOUR VIIIᵉ Édition

Lundi 18 mars 2019

Exceptionnelle réunion
d'enseignes de commerces
et de mobilier urbain parisiens
Drouot, salles 5 et 6

PARIS MON AMOUR IXᵉ Édition
Mardi 19 mars 2019
Deux collections parisiennes
et à divers amateurs
Drouot, salles 5 et 6

TABLEAUX, DESSINS, GRAVURES
OBJETS DE VITRINE, OBJETS D’ART
MOBILIER - LIVRES - MILITARIA
AFFICHES - CARTES POSTALES
SOUVENIRS DU MÉTROPOLITAIN
SOUVENIRS DE LA TOUR EIFFEL

SOUVENIRS DES TRAINS DE LUXE ORIENT-EXPRESS
EXPOSITIONS UNIVERSELLES
PHOTOGRAPHIES - JOUETS
SOUVENIRS DES SALLES
DE SPECTACLES
CAFÉS, MUSIC HALL
MOBILIER DE COMMERCE
ENSEIGNES - MOBILIER URBAIN
VIEUX PAPIERS, etc.


Viscéralement parisienne, Roxane DEBUISSON, décédée en juillet 2018, à l'âge de 91 ans, passa sa vie à déambuler dans les rues de la capitale qu'elle chérissait, dont elle ne supportait ni la destruction, ni la sur-densification. Érudite, femme d'esprit, fantasque, rebelle, dotée d'une gouaille très aristocratique, elle fut une incroyable collectionneuse de Paris, dans le sens littéral du terme. Elle réunit en effet dans son grand appartement du 19 boulevard Henri IV, dans le quatrième arrondissement, une collection incroyable de vestiges de la ville.


© Robert DOISNEAU

Tout commença un jour de 1962, alors qu'elle flânait rue de Birague, dans le Marais. Soudain s'écrasa à ses pieds une des deux enseignes d'un coiffeur qu'elle connaissait. Il s'agissait d'une sphère de métal doré terminée par une queue de crin de cheval, selon la forme traditionnelle des enseignes de coiffeurs-barbiers aux XVIIIe et XIXe siècles, symbolisant la barbe rasée et la chevelure. Elle s'inquiéta auprès du coiffeur du destin de l'autre enseigne toujours fixée au mur. Celui-ci lui expliqua qu'il faisait retirer les enseignes anciennes de son salon pour les remplacer par un néon. Elle lui proposa immédiatement d'acquérir celle subsistant au mur. Ainsi commença la collection.


© Robert DOISNEAU

Roxane DEBUISSON n'aura alors de cesse, tout au long de ses pérégrinations dans la ville, de récupérer les vestiges des commerces parisiens traditionnels dont elle verra, attristée, la démolition, le saccage. Enseignes de café, tailleur, chapelier, gantier, coutelier, marchand de parapluies, marchand de jouets, marchand d'escargots, bureau de tabac, fabricant de billards, lavoir municipal, etc. majoritairement du XIXe siècle. Elle sauva de la destruction l'enseigne d'apothicaire "Au Mortier d'Argent" du début du XVIIIe siècle, celle du cabaret "Le Mouton à Cinq pattes", dont la superbe potence du XVIIIe siècle. Elle récupéra des panneaux de toiles peintes sous verre de boulangerie, des sculptures de façades de boulangeries, l'ornement de la fontaine de l'hôtel Raoul dans le Marais, dont le massacre se déroula sous ses yeux. En lieu et place des endroits que l'on anéantissait, on construisait des cubes sans âme dépourvus de petits commerces, pour permettre le développement de grandes surfaces hideuses en bordure du périphérique. Elle récupéra les plaques nominatives que l'on arrachait à la pelleteuse. Ainsi entrèrent dans la collection de très belles plaques de pierre gravée du XVIIIe siècle, dont les noms, qui s'inspiraient souvent des enseignes des commerces présents dans l'artère, impressionnent par leur poésie.


© Robert DOISNEAU

On compte aussi des plaques en lave émaillée du XVIIIe siècle en bleu, blanc et vert, aujourd'hui symboles de Paris. Roxane DEBUISSON récupéra aussi des bancs, corset et grilles d'arbre, le potelet de l'arrêt d'autobus Sully Morland et sauva de la destruction des sièges de la ligne Nord-Sud du métropolitain.
Elle développa parallèlement une collection unique au monde de documents sur l'Histoire de Paris, additionnant trois mille livres rares, cinquante mille cartes postales anciennes, une collection d'annuaires de commerce de 1798 à 1932 et surtout soixante-dix mille factures de commerces parisiens de 1800 à 1940, grâce auxquelles elle connaissait tout, en détail, de la répartition et de l'évolution des commerces de la ville.
Son appartement devint un musée dans lequel se pressaient amis, chercheurs, historiens de la ville et amoureux de Paris.
Y venait également régulièrement le photographe Robert Doisneau, son grand ami, avec qui elle arpentait sans relâche les rues de Paris. Il prenait sur place des clichés du sauvetage des décors de commerces réalisé par Roxane Debuisson.
De très nombreux objets de sa collection ont figuré dans de grandes expositions parisiennes et firent l'objet de commentaires dans les écrits d'historiens et dans la presse.


© Robert DOISNEAU

Dans le livre Paris des Illusions, pour une exposition à la bibliothèque Historique de la ville de Paris (dont elle fut un temps présidente de la société des amis) relative aux décors éphémères de la ville entre 1820 et 1920, qu'elle signa en 1984 avec Jean-Marc Léri, futur directeur du musée Carnavalet, on retrouve ce parcours militant, culturel et de mémoire.
Se pressaient aussi dans son appartement les grands chefs dont elle fut la marraine. Chaque jour, pendant cinquante ans, elle entamait une autre promenade dans Paris pour s'adonner à l'autre passion de sa vie, la gastronomie. Elle se rendait au restaurant à bord de l'une de ses Rolls dont une Phantom V bleue marine. Elle contemplait la ville derrière la vitre en chantonnant de vieilles chansons françaises avec Daniel, son chauffeur. Elle extirpait des fiches bristol de son sac à main sur lesquelles elle avait écrit les paroles. À l'issue de ces déjeuners dans les meilleurs établissements de la capitale, accompagnés de son rituel champagne Ruinart Blanc de Blancs, elle faisait, en gastronome éclairée, un tour en cuisine, derrière les pianos, commentait avec la brigade les plats dégustés, puis distribuait de généreux pourboires au personnel. Elle aimait chaque élément du rituel de la restauration française : chefs, seconds, commis, pâtissiers, fromagers, directeurs de salle, dames des vestiaires, serveurs, fleuristes, chasseurs, voituriers, qu'elle connaissait par leurs noms et prénoms.


© Robert DOISNEAU

Les chefs qu'elle portait aux nues s'appellent Gérard Besson, rue du Coq Héron, Christian Constant qu'elle découvrit au Crillon place de la Concorde, Claude Peyrot du Vivarois ou encore Bernard Pacaud de L'Ambroisie, place des Vosges, pour son chausson aux truffes, "une des sept merveilles du monde", mais d'autres encore comme Éric Fréchon, quand il n'était pas encore trois étoiles au Michelin, plus modestement installé dans le 19e arrondissement.
Chaque troisième jeudi du mois, elle organisait un fameux casse-croûte matinal auquel se rendait le gratin de la restauration parisienne.
Ces dernières années, elle ne sortait plus. Ce sont les cuisiniers qui se rendaient chez elle, dans son appartement-musée parisien. Un jour Gérard Besson, un autre Jean-Louis Nomicos ou Gabriel Biscay.
Lors de ses funérailles à l'église Saint-Paul, tout ce que Paris compte de grands chefs fit, en grande tenue, une haie d'honneur au cercueil de celle qui fut non seulement une gardienne de témoignages de l'Histoire de Paris mais encore une mécène de la gastronomie, celle qui avait fait de sa vie une œuvre d'art.
Elle repose au cimetière du Père-Lachaise.